Université Paris 8
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Le costume de scène, objet de recherche

Porteur du projet :
Christian Biet

En collaboration avec :
Centre Jean Mourot (Université de Lorraine)
Comédie-Française
Réunion des Opéras de France
Service des Musées de France
Centre National du costume de Scène
Association le Studiolo-IRTS de Lorraine

Le costume constitue un avatar du vêtement, et n’existe que par rapport à lui, c’est donc dans l’anthropologie du vêtement que l’on peut trouver les fondements de « l’objet-costume ».

Même si sa finalité est différente, le costume utilise les fonctions du vêtement dans
les situations particulières que sont la fête ou le spectacle. Le vêtement informe d’un point de vue social et/ou géographique et, si ses fonctions sont aussi bien naturelles que culturelles, c’est l’aspect culturel qui l’emporte, car tout en protégeant le corps de la chaleur ou du froid, l’habit informe essentiellement sur le statut et la coutume de ceux qui le portent, depuis les techniques de parure jusqu’au rapport symbolique au monde.

Le vêtement constitue un prolongement inanimé du corps vivant, à la manière d’un outil. Selon Warburg, cet arrimage de l’inanimé sur du vivant prend une dimension tragique, l’inanimé préfigurant le destin inéluctablement mortel du vivant. Cette imbrication animé/inanimé agit sur le spectateur, étonne son regard. Le vêtement est donc déjà « acteur » dans la mesure où il produit à la fois des significations, et en ce sens, on peut dire qu’il possède les caractéristiques du signe et des émotions, par sa forme, sa couleur, sa matière, son rapport à la lumière, etc. tel un parfait dispositif rhétorique. En tant qu’inanimé, le vêtement appartient également à l’espace dont il constitue l’un des éléments.

Le vêtement est également en mesure d’indiquer la rupture avec le quotidien et il
contribue fortement à marquer cet écart et ce changement de statut. C’est alors qu’il devient « costume », en indiquant son lien avec la situation extra-ordinaire. Il concrétise alors cet écart par le soin, la magnificence et l’excès avec lequel il se pare, dans le costume de fête et de spectacle par exemple, ou témoigne d’une forte invention poétique, fantastique ou monstrueuse, comme dans le costume de Carnaval, puis ceux qui en dérivent. Parce qu’il est toujours l’expression d’une situation extra-quotidienne, en rupture avec « le même », le costume est donc par excellence le vêtement de l’altérité et c’est cette propriété particulière qui le rend apte à rentrer dans l’espace de la représentation.

L’efficacité émotionnelle et informative du costume, inscrite dans une forme inanimée unifiée dans la représentation, fait accéder le corps au statut d’image. Cette iconicité n’est pas la moindre de ses propriétés car elle rend manifeste l’appartenance du costume à la fabrication des images et en fait la passerelle reliant le théâtre à l’iconographie. Il est donc surprenant que le théâtre, puis le costume, aient été si longtemps considérés comme des arts mineurs ou subalternes, au point que le costume n’accède que depuis peu à la dignité d’objet d’étude.

Labex Arts-H2H

Le Laboratoire d’excellence des arts et médiations humaines est lauréat des Investissements d’avenir depuis 2011. Dans ce cadre, les membres développent des recherches selon trois axes majeurs : situations, technologies, hybridations.

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