Le sujet digital

Porteurs du projet :
Pierre Cassou-Noguès
Claire Larsonneur
Arnaud Regnauld

En collaboration avec :
Université de Bretagne Occidentale
Université de Rennes II
Université de Dundee
Université de Montréal
Laboratoire Figura-NT2, Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire, UQAM

Publications :
Le sujet digital : l’hypermnésie, Presses du réel, à paraître au printemps 2014

Quelles sont les transformations de la subjectivité qui ressortent des technologies digitales depuis l’immédiate après-guerre ? La révolution numérique, on le voit chaque jour, va bien au-delà d’une simple mutation technologique et par delà la question des pratiques et des comportements, ouvre des champs de réflexion nouveaux. Les représentations, les structures et les objets du sujet sont susceptibles, non pas sans doute de se dématérialiser, mais plutôt de re-matérialiser, de ré-incarner dans un autre médium, susceptible de donner lieu à des opérations différentes. Les arts, les théories de la cybernétique et les pratiques de codage et d’archivage numérique ouvrent autant de chantiers de redéfinition du sujet que nous entreprendrons d’explorer. Nous avons choisi de centrer notre réflexion sur une série de thèmes précis, articulés entre eux : l’hypermnésie, les in-scriptions, les temporalités, les codes. Quatre colloques internationaux entre 2012 et 2015 leur seront dédiés, ouvrant la voie à la publication d’une série d’articles dans de revues françaises et internationales puis d’une synthèse finale sous forme d’un numéro électronique expérimental.

Hypermnésie

2012 : Les technologies numériques d’inscription et de préservation pourraient-elles permettre de réaliser le vieux rêve d’une mémoire totale ? Le motif de l’hypermnésie, récurrent au sein des récits de science-fiction, essaime aujourd’hui au sein d’autres formes littéraires, qu’il s’agisse de romans édités de manière traditionnelle ou d’œuvres littéraires sur support électronique. L’hypermnésie taraude également les projets d’archives électroniques, les bases de données complexes ou les encyclopédies collaboratives. Que change la perspective d’une extériorisation et d’une extension massives de la mémoire, élément central dans des théories philosophiques contemporaines, notamment celle de « l’esprit étendu » ?

In-scriptions

2013 : Le recours à l’outil informatique (et l’apparente dématérialisation qui lui est associée) opère-t-il un changement radical du statut du sujet par contraste avec la plume, le style, le pinceau ou la main ? Qu’advient-il du geste dans un environnement numérique où le traçage de la ligne relève d’un dispositif qui prédétermine et restreint le champ des possibles ? Que nous disent de nous-même les nouvelles représentations du cerveau que permettent les progrès de l’imagerie numérique ?

Temporalités

2014 : Le temps du numérique est-il un présent continu sans mémoire, ou presque, le sujet étant capté et contraint par l’affichage à l’écran ? Ou bien, si l’on creuse plus avant la question du rapport entre le sujet et le support, peut-on postuler qu’un tel présent sans mémoire serait l’avers d’une construction temporelle plus complexe, une forme de « multinaéité » où les temporalités propres à l’inscription et au déchiffrement du sens par le sujet se télescopent et se superposent avec celles d’autres utilisateurs et des supports connectés ? Quels en sont les effets sur l’identité narrative du sujet ? Si le numérique permet un changement de paradigme temporel, déployant différentes dimensions à partir de la ligne temporelle comme un origami, alors quels en sont les effets sur les modes de représentation littéraires et artistiques ?

Codes

2015 : La manipulation du code relève d’un fantasme prométhéen de toute puissance sur la matière comme en témoignent les rêves d’immortalité partagés par les tenants de la désincarnation (préservation de l’essence du sujet sur un support informatique) et les partisans de la biotechnologie (élimination du génome des facteurs de maladie et de vieillissement), ce qui atteste de la persistance d’une pensée métaphysique de la « pureté » dans le discours scientifique célébrant une libération des contraintes du corps. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses œuvres dans le champ de la littérature numérique problématisent la relation de l’ADN au code informatique pour interroger une pensée anti-matérialiste portée par le fantasme d’une désincarnation qui permettrait de transcoder l’humain en langage machine, c’est-à-dire de penser sans corps, ce que récuse formellement Jean-François Lyotard dans l’Inhumain. Et qu’en est-il des situations hybrides corps/code et à la recomposition de l’expérience du monde que cela induit dans les expériences de réalité augmentée ?

**Consultez le site du projet : http://sujetdigital.labex-arts-h2h.fr/