Université Paris 8
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témoigner sur la Shoah en URSS

Porteur du projet :
Annie Epelboin

En collaboration avec :
Université Paris Ouest
Mémorial de la Shoah
FMS

La littérature de témoignage n’a pas, jusqu’à présent, pris en compte les textes écrits en URSS par ceux qui voulaient que l’extermination des Juifs par les nazis sur les territoires occupés ne soit pas oubliée. La plupart de ces textes ont été censurés ou sont restés « dans le tiroir » ou dans les archives. La mise en place d’une mémoire officielle de la « Grande Guerre patriotique » excluant le génocide a eu pour effet d’en effacer les traces une seconde fois. Si la Shoah en URSS est aujourd’hui étudiée par les historiens, l’émergence de ce corpus oblige à un décentrement vers l’Est des questions mémorielles qui engage autrement notre réflexion sur le témoignage.

Le colloque aura pour but de présenter un pan important de la littérature de témoignage qui n’a pas été étudié comme tel jusqu’à présent et d’interroger les enjeux de cette méconnaissance. Il a été écrit, en russe et en yiddish, tout un ensemble d’oeuvres-témoignages, souvent des poèmes ou de courts récits, par ceux qui voulaient que l’extermination des Juifs par les nazis, radicale sur les territoires occupés de l’URSS, ne soit pas oubliée. Ces textes ont été publiés dans la presse soviétique mais aussitôt censurés, ou ont été écrits sans pouvoir être édités. Si l’anéantissement a été étudié par les historiens (R. Hilberg en premier), ces textes viennent d’être partiellement exhumés, réunis et présentés au public français par nos soins. Dans son livre L’Union soviétique et la Shoah, l’historienne A. Salomoni avait seulement abordé ces questions pour ce qui est de la littérature. Il est aujourd’hui nécessaire de combler une lacune qui met en jeu la compréhension de la littérature de témoignage telle qu’elle s’est inscrite dans la tradition littéraire du XXe siècle en Occident.

Pour cela, il faudra replacer ces écrits dans leur contexte historico-culturel afin d’éclairer le sens de leur « omission ». Pourquoi n’ont-ils pas pu atteindre leur lecteur, à l’Est comme à l’Ouest ? La mémoire officielle qui s’est très tôt mise en place en URSS a gommé la spécificité de ce qu’ont enduré les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale : elle a eu pour effet d’effacer les traces du génocide une seconde fois. L’acte d’engagement individuel qu’est l’écriture testimoniale contrevenait également à ce dogme, devenu mythe fondateur de l’URSS après la guerre. Ce mythe perdure aujourd’hui. En outre, les problèmes liés à l’antisémitisme et à la collaboration d’une partie de la population soviétique avec les nazis ont été refoulés et demeurent une gêne majeure. La levée de la censure depuis la Perestroïka a ouvert toutefois l’accès aux archives et permis une avancée historiographique, comme le feront entendre ces journées de rencontres. cet accès a permis également de découvrir des œuvres de témoignage : c’est sur cette partie littéraire de la mémoire de la Shoah en URSS que le colloque va se concentrer. Il sera l’occasion de déplacer vers l’Est une vision du témoignage qui, en France, est restée centrée sur l’expérience occidentale de l’extermination dans les camps, et sur le paradigme du témoin « rescapé ».

Ce colloque international réunira des chercheurs français et leurs collègues de Russie, d’Ukraine, des USA, d’Israël, d’Italie. Il fera dialoguer ceux qui réfléchissent depuis longtemps sur les littératures de témoignage, la littérature soviétique ou la littérature yiddish et les historiens, les archivistes ou les spécialistes de cinéma et de photographie. Une table-ronde sera consacrée à la question de la trace mémorielle des archives et sa confiscation. Une autre exposera les problèmes liés à la censure et l’autocensure à l’œuvre dans le témoignage. Une troisième sera centrée sur l’archive visuelle (photographie actualités- cinéma), et s’achèvera par une soirée-discussion avec projection d’extraits de films soviétiques abordant la question de la Shoah.

Labex Arts-H2H

Le Laboratoire d’excellence des arts et médiations humaines est lauréat des Investissements d’avenir depuis 2011. Dans ce cadre, les membres développent des recherches selon trois axes majeurs : situations, technologies, hybridations.

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